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Bruce Branit

   

Qu’en est-il de la technologie et du progrès?

Je dirais que je prête beaucoup d’attention à la manière dont les progrès informatiques affectent notre quotidien. Cela induit beaucoup d’interrogations : est-ce que c’est une bonne chose ou une mauvaise ? Vous savez, le monde virtuel est peut être incroyable. Mais les gens trouveront toujours un bâtiment ancien plus beau qu’un immeuble moderne. Plus nous faisons appel aux technologies modernes et plus nous prenons conscience de ce que nous avions avant.

En dépit de ce que certains auront peut-être interprété, je ne suis pas contre la technologie. Cela dit, on voit souvent des films gavés d’effets spéciaux sans raison d’être, et moi, je pense que les effets spéciaux doivent servir l’histoire, sinon, c’est parfaitement inutile.

Comme je l’ai expliqué un peu plus tôt, la clé de la réussite c’est l’émotion, il n’y a rien de plus important dans la vie que les relations humaines. Au départ, mon film devait raconter l’histoire d’un homme qui construit une rue avec un compte-à-rebours et quand le compte-à-rebours est terminé, un quidam, sans doute son client, passe avec un attaché-case et opine du chef pour manifester son opinion sur le travail accompli, etc. Bref, dans ce scénario, il n’y avait aucun contexte émotionnel. Au final c’est la raison pour laquelle j’ai repoussé le projet.

L’amour c’était la clé de la réussite, et c’est au moment où j’ai pensé le projet tel qu’il existe aujourd’hui que l’histoire a pris son envol. Voyez vous-même : plus nous utilisons les ordinateurs et plus cela nous rappelle combien nous sommes humains.

Le film a été récompensé plusieurs fois [notamment: KC Filmmakers Jubilee, Festival International du Film d’Indianapolis, NDLR], pouvez-vous nous en dire davantage?

Le film a été sélectionné dans quelques festivals mais pas tant que je l’imaginais. J’ai un ressenti mitigé sur les festivals je dois dire. Je pense que le film raconte une très jolie histoire, et j’ai été déçu de voir que seuls cinq festivals l’avaient sélectionné. Le public lui a fait un accueil fantastique. Et depuis que le film est devenu si populaire sur Internet, un nombre important d’organisateurs de festivals m’a contacté. Cela me rend sacrément heureux ! Qui ne le serait pas?

Et je possède cette version HD du film que je peux faire parvenir directement aux festivals. La plupart de ceux qui me sollicitent aujourd’hui sont européens d’ailleurs… Il y a eu beaucoup de demandes récemment, et les gens veulent voir mon film. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si mon épouse et moi-même nous rendons en Europe en Juin : j’ai l’intention de continuer la prospection. Je veux passer à l’étape supérieure. Et je suis convaincu que l’absence de dialogues dans le film rend sa diffusion à un niveau mondial beaucoup plus aisée.

Est-ce que c’était l’objectif en faisant un film sans dialogue ?

En fait, je dirais que c’était intentionnel à 70%. Pour ceux qui ont visionné le film, dans la scène finale l’homme aurait dû dire à la femme “à demain”, et d’ailleurs je pensais faire de ces mots le titre du film. Dans la toute dernière image, la femme était sur le point de lui sourire, pour lui signifier qu’elle avait compris la démarche de son compagnon, malgré son coma. Mais je n’ai pas conservé ce plan.

En surfant sur Internet, j’ai constaté que nombreux sont les artistes LightWave qui vous demandent des conseils ou astuces…Quelqu’un a même écrit « c’est LA vidéo qui a inspiré tant et tant d’artistes 3D dans le monde entier. C’est une vidéo géniale que tout le monde DOIT avoir vue ! » Alors, dites-nous Bruce, quel est votre secret ?

Je pense que tout artiste travaille à sa manière, et la plupart des animateurs 3D sont des personnes exigeantes avec elles-mêmes, insatisfaites 90% du temps. Mais c’est ainsi que les choses doivent être : faire et refaire constamment son projet, jusqu’à ce qu’il concorde parfaitement avec l’attente du client. En ce qui concerne World Builder, lorsque j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’utilisais une version différente de LightWave. Les techniques et outils disponibles différaient quelque peu. Le traitement de l’information, la vitesse d’exécution et autres outils désormais disponibles rendraient World Builder différent de sa version actuelle. Mais l’histoire resterait la même. Le CGI est très différent, mais à un moment donné il faut avancer et passer à autre chose.

Vous avez réalisé World Builder avec le concours de votre équipe, et vous citez deux personnes dans le générique : sur quels points vous ont-ils aidé ?

Ils ont surtout travaillé sur le modeling et la mise en forme des bâtiments. L’un d’eux a réalisé l’animation du drapeau.

Lors de l’interview que vous avez donnée il y a trois ans, vous citiez le modeleur comme l’outil que vous préférez sur LightWave. Le software a bien évolué depuis : que pensez-vous de la nouvelle version ?

J’ai découvert une fonctionnalité qui m’a épatée lorsque je travaillais sur ce projet : la profondeur de champ en temps réel, qui permet de voir le résultat immédiatement et accélère le processus. A vrai dire, pour le reste, j’apprécie indistinctement tous les aspects de LightWave. Le moteur de rendu reste le meilleur du marché. 95% de mon travail sur World Builder a été réalisé avec LightWave ! Les 5% restant ont été produits grâce à Real Flow, Houdini, Digital Fusion pour le compositing et les effets spéciaux, et voilà !

Quelles caractéristiques supplémentaires vous raviraient sur de prochaines versions?

Eh bien je dirais un rendu plus rapide, des particules de meilleure qualité et une amélioration des dynamics. De cette manière, le software permettrait d’aller encore plus loin dans l’animation. Mais très honnêtement, si l’on considère le package global, je suis totalement satisfait de LightWave.

Vous travaillez pour de nombreuses séries à succès, Lost, Pushing Daisies ou encore Surface. Est-ce très différent du travail de réalisateur de pubs ? Lequel est le plus exigeant ?

Je dirais les séries télé : les producteurs sont de plus en plus exigeants et, parallèlement, les budgets sont de plus en plus serrés. D’un autre côté, on peut s’amuser énormément sur ces séries et passer à autre chose ensuite. Mais cela peut être déprimant parfois : avec ces exigences qui grandissent, les séries finissent par presque atteindre le niveau d’un long métrage, alors qu’elles sont produites en une à deux semaines maxi. Me concernant, j’ai besoin d’environ quatre semaines au total pour exécuter le travail d’animation d’un épisode de Surface. Si j’ai de la chance, j’ai deux semaines pour le modeling et trois semaines pour l’animation.

Vous êtes retourné vivre à Kansas City il y a quelques années mais vous travaillez toujours dans l’industrie hollywoodienne: est-ce facile à concilier? N’essaie-t-on pas de vous convaincre de retourner là-bas?

En fait le plus gros de mon travail sur les séries je le fais pour des gens que je connaissais bien avant de retourner à Kansas City. Et j’arrive à facilement lier contact avec les gens avec lesquels je travaille, donc cela facilite les choses. Tant que vous êtes droit et ouvert d’esprit, les choses fonctionnent plutôt bien. Être à Kansas City ne pose aucun souci. Hormis l’obligation, souvent, de boucler le travail un peu plus tôt que si nous étions établis à Hollywood, mais on fait avec. Nous travaillons avec QuickTime pour les téléchargements. Récemment j’ai eu beaucoup de réunions à Los Angeles pour World Builder. Naturellement, si nous étions sur place, nous pourrions plus facilement organiser ces réunions et accélérer la machine.

Quels sont vos projets?

En ce moment je travaille sur un pilote pour NBC et sur la prochaine et ultime saison de Lost. En fait j’ai commencé à travailler sur Lost lors de la troisième saison et la mayonnaise a bien pris. Nous sommes quatre à travailler dans ma société et par conséquent ces projets nous prennent beaucoup de temps. Là nous venons tout juste de boucler un travail pour Mac Do et je suis ravi du résultat. Jamais nous n’aurions pu atteindre un tel résultat avec une mise en scène “réelle” et sans faire appel à l’animation 3D.

Vous avez acquis une solide réputation pour votre talent : à quand la prochaine étape et le long métrage ?

Justement, c’est dans les rails ! Si tout va bien, World Builder va devenir un long métrage ! Aujourd’hui on essaie de voir ça avec mon agent à Los Angeles, pour tenter de trouver un écrivain pour gérer le script, en s’appuyant sur mon court métrage de World Builder comme démo, et je serais moi-même au poste de réalisateur. Cela me rappelle le tournage de World Builder. Je me souviens que pour le tournage il y a quelques années, j’avais organisé un casting avec une agence de Kansas City, en échange d’une mention au générique. Une quinzaine d’hommes et de femmes se sont présentés pour faire un bout essai sur un exercice qu’ils connaissaient à l’avance : “Imaginez que vous regardez la personne que vous aimez et qu’elle s’en aille à jamais... ”. Avec les deux acteurs qui ont participé au film, on se contacte aujourd’hui régulièrement pour parler du succès de World Builder, on échange beaucoup par Facebook. Ils sont aux anges de ce succès !

Merci beaucoup Bruce et bonne chance dans vos futurs projets !
Une interview Swingcom
Contact :
Solenne Robin - srobin@swingcom.fr
   
Bruce Branit  

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